Association des
Riverains du
Lac Aylmer, inc.

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Qualité de l'eau : Pollution riveraine

Gazon vert = lac vert? (2007)

par: Georges Larone, directeur ARLA

Un premier avertissement

L’automne dernier, les résidents de la paroisse de Disraeli ont reçu un avis suite à une fleur d’eau  (éclosion de cyanobactéries, connues aussi sous le nom d’algues bleues) couvrant une partie du Lac Aylmer dans leur secteur. Voici quelques-unes des consignes émises par la Direction de la Santé publique à cet égard:

·        « Ne pas boire l’eau et ne pas l’utiliser pour laver, préparer ou cuire les aliments. »

·         « Ne pas utiliser l’eau même après l’avoir bouillie, car cela n’élimine pas les poisons contenu dans ces bactéries. »

·         « Ne pas utiliser cette eau pour laver la vaisselle ni arroser son jardin. »

·         « Ne pas laisser les animaux se baigner dans cette eau. »

·         « Ne pas utiliser d’algicide pour détruire les cyanobactéries car les toxines seraient libérées massivement dans l’eau. » (De toute façon, les fleurs d’eau ne sont pas  vraiment des algues bien qu’elles s’assemblent souvent en masses vertes.)

En plus, il y avait cette consigne : « Les dispositifs de traitement d’eau à domicile composés de charbon actif et de résines échangeuses d’ions ne sont pas reconnus efficaces pour éliminer complètement les toxines des cyanobactéries. »  Consolons-nous, au moins on a pu lire que : « Le bain et la douche ne sont pas interdits … à condition d’éviter l’ingestion accidentelle d’eau surtout par les jeunes enfants. »

Plusieurs lacs qui ont eu de ces fleurs d’eau se sont vu interdire la baignade, le ski nautique et la pêche. De plus en plus de lacs font l’objet de tels avis de non consommation et de non baignade. Le cas du Lac Massawippi près de Sherbrooke a été très publicisé l’automne dernier et une partie du Grand Lac St-François, soit La baie Sauvage à St-Romain, a aussi été frappée d’interdictions similaires. On en a vu au Lac William et dans d’autres lacs de la région.

Il se peut que l’on soit tenté d’attribuer ces éclosions à un phénomène exceptionnel. Par exemple il est vrai que l’été et l’automne ont été très chauds, ce qui augmente les chances d’avoir des éclosions. Ce serait imprudent de penser ainsi, car, d’une part, on constate que les fleurs d’eau sont un problème de plus en plus répandu en Amérique du Nord, et d’autre part, nous soupçonnons que des étés et automnes plus chauds deviendront la norme.

Causes du problème

Il y a consensus parmi les experts sur les causes de prolifération de ces bactéries : le phosphore. Le phosphore contenu dans les engrais est particulièrement nocif. L’absence de phosphore dans un lac limite la population de cyanobactéries et de plantes aquatiques. En voulant se doter d’une belle pelouse et de beaux jardins, beaucoup de propriétaires riverains ajoutent involontairement cette nourriture superflue à l’eau du lac.

 

C’est vrai que le phosphore présent dans le Lac Aylmer ne provient pas seulement des engrais utilisés pour nos jardins et nos pelouses. Il y a aussi les engrais utilisés en agriculture, les installations septiques non conformes et les usines municipales de traitement des eaux usées lorsqu’elles déversent à l’occasion leur trop plein dans le lac ou ses tributaires. Dans ces derniers cas, il existe une réglementation gouvernementale dans le domaine d’où la possibilité de porter plainte lorsqu’il y a des abus. De plus, la superficie de terrain occupé par les riverains est devenue, au fil des années, considérable.

 

Contribution du riverain

 

Les engrais sont une solution « à peu d’effort » pour améliorer les pelouses et jardins, mais ils ont des effets nocifs à long terme sur les plans d’eau. Les engrais sont transportés par le vent, les eaux de ruissellement et les fossés vers le lac. Si vous mettez des engrais sur votre pelouse, rappelez-vous que ceux-ci stimulent la croissance des plantes autant dans le lac que dans votre jardin ou pelouse. Que ces engrais soient dits « biologiques » ou non, s’ils sont efficaces pour le gazon, ils le seront  aussi pour les plantes aquatiques et les cyanobactéries. Il suffit d’arrêter de nourrir le lac en phosphore pour empêcher les cyanobactéries et les plantes aquatiques de l’envahir.

 

L’image de la pelouse parfaite au bord du lac, entretenue sans effort, est incompatible avec l’usage du lac à des fins récréatives. Ça ne peut pas durer avec la population riveraine actuelle. Il faut que la  concurrence « pelouses et jardins »  entre voisins et amis cesse; ou au moins qu’elle devienne une concurrence pour rechercher ce que l’on peut faire sans utiliser d’engrais. Et enfin, si l’on préfère se reposer un peu, ce ne sera pas la fin du monde d’avoir un peu de pissenlits et de plantain à l’occasion.

 

La valeur de nos propriétés dépend davantage de la qualité de notre plan d’eau que de la qualité de nos pelouses. Si notre lac se couvre de fleurs d’eau régulièrement, des avis de non-baignade et de non-consommation vont suivre et la valeur de nos propriétés va baisser. Il est vital de cesser l’utilisation des engrais et d’encourager nos voisins à le faire aussi. D’autant plus qu’il existe des méthodes permettant d’avoir de belles pelouses et de beaux jardins sans ajouter autant de phosphore dans le lac (voir encadré).

 

Pourquoi y-a-t’il urgence?

 

Au fil des ans, des quantités de phosphore se sont déposées dans les sédiments du lac. Il est urgent de cesser d’utiliser des engrais  car lorsque les fleurs d’eau commencent, elles augmentent le PH de l’eau. Ce PH plus élevé facilite la relâche de quantités additionnelles de phosphore à partir des sédiments, ce qui aggrave le problème. Ça peut prendre des années pour corriger la situation une fois que ce cycle s’est enclenché.

 

Conclusion

 

Quelle déception ce serait pour nous riverains de nous retrouver avec  un plan d’eau vert, bourré d’algues, frappé à tout bout de champ d’interdits de baignade, faute d’avoir pu trouver moyen de concilier l’horticulture avec les exigences du lac.

 

Ou quel grand atout, suite à quelques concessions et à l’utilisation de méthodes plus naturelles, ce serait pour nous de pouvoir vivre ces étés plus chauds que certains prédisent, auprès d’un lac propre où l’on peut se baigner et se rafraichir à souhait et sans inquiétude.

Lacs du Québec affectés par les cyanobactéries

Niveau de l'eau
(CEHQ)

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