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Qualité de l'eau : La rivière Coleraine en 2008

Suivi annuel de la qualité de l'eau.

Richard Chatelain, Biologiste/directeur de l'ARLA

1- Plan d'échantillonnage

En 2009, les bénévoles de l'ARLA ont prélevé des échantillons à huit stations, toutes situées sur la rivière Coleraine et ses tributaires. Ce choix avait été fait, d'une part pour pouvoir suivre l'évolution de la qualité de l'eau découlant des travaux de correction promis par la municipalité de Saint-Joseph de Coleraine suite aux pressions exercées par l'ARLA, et, d'autre part, pour localiser plus précisément d'autres sources de contamination par le phosphore et les coliformes fécaux qui se déversent dans ce cours d'eau depuis plusieurs années et qui sont responsables des floraisons de cyanobactéries qui se produisent de façon récurrente dans la baie de Disraeli. D'ailleurs, une nouvelle floraison de cyanobactéries s'est produite durant l'été 2009, et le 14 août, la Direction de la santé publique a décrété une restriction des usages de l'eau dans cette baie, puisque pour la première fois, des concentrations importantes de toxines ont été détectées, qui rendaient toute utilisation de l’eau dangereuse pour la santé. Vous pourrez en savoir plus sur ce sujet en consultant l'article de M.Simon Arbour dans ce bulletin.

2- Résultats des analyses

Nos échantillons ont été prélevés à trois reprises, soit en juin, août et octobre. Les  concentrations de coliformes fécaux sont toujours très élevées dans la partie urbanisée de la municipalité de Saint-Joseph de Coleraine. Les trois stations situées entre le pont du chemin de Vimy Ridge et celui de la voie ferrée en aval des équipements municipaux d'épuration affichent des concentrations de coliformes jugées très médiocres 7 fois sur 9, les concentrations pouvant atteindre plus de 6000 coliformes/100 ml, alors que selon les normes du Ministère du Développement Durable de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) pour la Classification de la qualité de l'eau utilisée pour les usages récréatifs, la concentration maximale acceptable pour la baignade se situe à moins de 200 coliformes/100ml.

Les concentrations de phosphore se sont légèrement améliorées par rapport aux deux années précédentes pour lesquelles nous avons effectué des analyses à toutes les stations en amont des équipements municipaux d'épuration, mais sont demeurées très médiocres aux stations situées en aval. Les travaux de correction au réseau collecteur d'eau usée par la municipalité de  Saint-Joseph de Coleraine ayant été effectués à la fin de septembre, on ne peut observer d'amélioration de la qualité de l'eau que dans les résultats d'analyses des échantillons prélevés en octobre, et cette amélioration est peu significative.

Le problème récurent des rejets importants de phosphore et des nombreuses surverses par les équipements de collecte, de pompage et d'épuration de la municipalité de Saint-Joseph de Coleraine demeurent entiers et pour le moment, la municipalité n'a pas l'intention de modifier ni ses équipements, ni ses méthodes d'opérations pour diminuer la concentration en phosphore de ses eaux usées, car de l'aveu même des deux ministères concernés, soit le MDDEP et le Ministère des Affaires Municipales, des Régions et de L'Organisation Territoriale (MAMROT), toutes les exigences actuelles sont bien respectées.

Il faut savoir que ces équipements ont été conçus et construits dans les années 1980 selon les besoins, la technologie et les moyens financiers du temps. Ils ont été largement subventionnés dans le cadre d'un programme provincial qui exigeait en retour que chaque municipalité bénéficiaire s'engage par protocole d'entente à rencontrer certaines exigences en termes de performance et de rapport de suivi périodique. Ces exigences ont été établies en fonction des équipements tels que conçus et ne pourraient être modifiées unilatéralement par une ou l'autre des parties.

3- Plan d'action 2009

Dans le but d'accélérer la mise en œuvre de mesures concrètes de réduction des rejets de phosphore dans la rivière Coleraine, L'ARLA a réalisée les actions suivantes:

-                                  Une lettre a été adressée à Mme Line Beauchamp, ministre du MDDEP pour lui rappeler ses engagements énoncés dans le cadre du Plan d'intervention sur les cyanobactéries en 2007, notamment celui de reviser les exigences de rejet des ouvrages de traitement des eaux usées se déversant dans un lac ou en amont d'un lac.

-                                  Une copie de cette lettre a été transmise au député de Frontenac, M. le ministre Laurent Lessard et une rencontre a été organisée avec son cabinet pour obtenir son appui à notre démarche et son intervention auprès de sa collègue du MDDEP.

-                                  Des interventions ont été faites auprès du MDDEP et de la municipalité de Saint-Joseph de Coleraine pour accélérer les travaux de raccordement du restaurant au réseau d'égouts sanitaires municipal.

-                                  Le Conseil de Gouvernance de l'Eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF) a été sollicité pour appuyer les démarches de l'ARLA et aussi pour fournir des données qui permettraient de documenter les apports de phosphore dans le bassin versant du lac Aylmer, en fonction des diverses affectations du territoire.

-                                  Plusieurs entrevues ont été accordées à des média régionaux pour présenter le point de vue de l'ARLA sur les facteurs responsables de la floraison de cyanobactéries dans la baie de Disraeli au mois d'août et pour faire connaître les solutions durables proposées pour contribuer à résoudre ce problème récurrent.

En juillet 2009, le MDDEP a rendu public son Énoncé de position sur la réduction du phosphore dans les eaux usées d'origine domestique. Cette nouvelle position ministérielle vise à accentuer les efforts de déphosphatation pour les ouvrages de traitement qui rejettent leurs eaux usées traitées dans les milieux récepteurs sensibles à ce contaminant, en vue de limiter la prolifération de plantes et d’algues.

Dans son énoncé, le MDDEP propose notamment de nouveaux objectifs de rejet des ouvrages de traitement des eaux usées se déversant dans un lac jugé prioritaire ou en amont de celui-ci, lorsque des équipements de déphosphatation sont présents et que la technologie le permet.

À cet égard, le lac Aylmer est considéré comme prioritaire, puisqu'il fait partie de la liste des plans d'eau qui ont présenté des épisodes importants ou récurrents de cyanobactéries, ou qui sont jugés très sensibles au phosphore. Pour les stations qui rejettent leurs effluents dans ces lacs ou en amont de ceux-ci, une mise à niveau des équipements de déphosphatation devra être effectuée et la concentration maximale de phosphore dans les rejets municipaux d'eaux usées est ramenée de 1.0 mg/litre à 0.3mg/litre, ce qui devrait contribuer à réduire significativement la charge en phosphore qui y est déversée. Cependant, ces objectifs ne deviendront de nouvelles exigences du MAMROT que lorsque les équipements d'épuration auront été mis à niveau et que les protocoles d'entente auront été révisés et approuvés par les deux parties.

4- Plan d'action pour 2010.

La problématique des cyanobactéries dans les plans d’eau est un phénomène complexe qui a pris de l’ampleur au cours des dernières années et qui ne pourra être résolu à court terme. Les recherches ont démontré qu'il existe un lien direct entre la concentration de phosphore dans l'eau et la prolifération des cyanobactéries.

Ce sont principalement des activités humaines qui contribuent le plus à l'augmentation de la concentration du phosphore dans les plans d'eau. Notamment, certaines activités agricoles, industrielles, commerciales et même individuelles s'ajoutent aux rejets d'eaux usées par les équipements municipaux d'épuration pour augmenter la concentration de phosphore dans nos plans d'eau.  Le bassin versant du lac Aylmer reçoit les effluents des équipements d'épuration des eaux usées de toutes les municipalités qui se déversent dans le lac Saint-François, en plus des rejets des municipalités de Beaulac-Garthby, Disraeli, , Saint-Joseph de Coleraine et Stratford.

Compte tenu de la diversité des sources de contamination potentielles et du peu d'information disponible spécifique au bassin versant du lac Aylmer, l'ARLA se propose de documenter l'ensemble de ces apports pour mieux cibler les prochaines interventions et éventuellement convaincre les ministères concernés de se mettre au travail pour que les objectifs de réduction du phosphore deviennent des exigences, et faire pression sur les municipalités et les autres secteurs d'activité ciblés pour qu'ils se conforment aux nouvelles exigences et modifient leurs équipements et leurs pratiques en conséquence. En attendant, l'ARLA établira un nouveau plan d'échantillonnage pour 2010 qui visera à continuer d'accumuler des séries historiques de données aux mêmes stations et aux mêmes périodes pour suivre l'évolution de la situation.

 

La qualité de l'eau de la rivière Coleraine en 2008 et son incidence sur la prolifération des cyanobactéries dans le lac Aylmer.(2009)

Richard Chatelain, biologiste/directeur d’A.R.L.A.

Les analyses d'eau effectuées par l'A.R.L.A., en 2007 avaient localisé des concentrations très élevées de phosphore et de coliformes à plusieurs stations dans la rivière Coleraine. Les coliformes se retrouvaient en abondance dans la section de rivière en plein cœur du village, alors que la concentration de phosphore augmentait considérablement en aval de la station municipale d'épuration des eaux usées.

L'A.R.L.A. a effectué de nouveaux échantillonnages en 2008 sur la rivière Coleraine et ses principaux tributaires et ces échantillons ont été analysés par le laboratoire du Centre d'Expertise en Analyse Environnementale du Québec (CEAEQ). Le plan d'échantillonnage a porté sur les mêmes stations, et les résultats sont très similaires. Les résultats confirment que des concentrations très importantes de coliformes fécaux sont toujours présentes à plusieurs stations dans les limites de la municipalité alors que les concentrations de phosphore les plus importantes se retrouvent encore dans la section de rivière en aval des équipements d'épuration des eaux usées de la municipalité.

Avec des données aussi percutantes et récurrentes, l'A.R.L.A. a initié des rencontres avec les représentants de la municipalité de Saint-Joseph de Coleraine pour les sensibiliser à ces problèmes et chercher des pistes de solution. De ces discussions, on peut tirer les conclusions suivantes:

-    La concentration de coliformes fécaux (qui peuvent être d'origine humaine ou animale) dans la section de rivière au cœur du village suggère que des égouts sanitaires non-traités ou des écoulements de déjections animales d'origine agricole sont rejetés directement dans la rivière.

-         Le nombre et la durée des surverses à l'usine de pompage indiquent que le réseau pluvial de la municipalité se déverse en tout ou en partie dans le réseau sanitaire (réseaux combinés). En cas de pluie, les eaux pluviales s'ajoutent au débit sanitaire pour remplir le réservoir de l'usine de pompage plus vite que les pompes ne peuvent le vider. Le surplus de ce mélange sanitaire et pluvial est alors déversé sans aucun traitement directement dans la rivière. Ce phénomène se produit plusieurs fois durant l'été.

-    Bien qu'ils rencontrent les exigences du Ministère des Affaires  Municipales, des Régions et de l'Organisation Territoriale (MAMROT), les équipements d'épuration des eaux usées de la municipalité ne retiennent que 51% du phosphore et le reste, étant déversé dans la rivière Coleraine.

En 2008, la municipalité devait confier à une firme d'ingénieurs le mandat d'effectuer un relevé du réseau sanitaire et pluvial pour localiser les réseaux combinés et les anomalies dans les branchements résidentiels et commerciaux. En mars 2009,  l'A.R.L.A. a effectué un suivi sur ce dossier auprès de la municipalité et obtenu les informations suivantes:

-    Le contrat accordé à la firme d'ingénieurs a été réalisé tel que prévu en 2008.

-    L'étude a démontré qu'un bâtiment commercial au cœur du village n'était pas raccordé au réseau sanitaire et déversait ses eaux usées sans traitement directement dans la rivière. Le problème devrait être corrigé dès le début de l'été 2009.

-    L'étude a permis de localiser les réseaux combinés dans les limites de la municipalité. Cependant, elle ne s'engage à les éliminer  que lorsque les budgets et les programmes de subvention le permettront.

-    Puisque les rejets des équipements municipaux d'épuration sont conformes aux exigences gouvernementales, la municipalité ne s'engage pour le moment à aucune amélioration de performance de ses équipements pour la réduction du phosphore rejeté dans la rivière Coleraine.

Malheureusement, la baie de Disraeli (anciennement désignée lac Noir) et une grande partie du lac Aylmer subissent annuellement des floraisons de cyanobactéries de plus en plus importantes qui rendent son eau impropre à la consommation et qui en limitent considérablement les usages récréatifs, et ces floraisons sont directement imputables aux concentrations de phosphore dans l'eau. D'ailleurs, le ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) considère le lac Aylmer comme zone sensible dans le cadre de son "Plan d'intervention sur les algues bleu-vert" annoncé en septembre 2007. Dans le cadre de ce plan, le gouvernement s'engageait à resserrer les exigences pour les équipements municipaux qui rejettent des eaux usées dans les bassins versants jugés sensibles aux cyanobactéries, mais aucune mesure concrète n'a été annoncée à date pour donner suite à cet engagement.

Pour ces raisons, l'A.R.L.A. a adopté le plan d'action suivant pour le suivi de la qualité de l'eau en 2009:

-         Intervenir au niveau politique pour obtenir le respect des engagements gouvernementaux dans le cadre du plan d'intervention sur les algues bleu-vert. Le resserrement des exigences d'élimination du phosphore et l'élimination des réseaux combinés seraient deux mesures concrètes qui pourraient être réalisées à court terme, si des subventions étaient offertes aux municipalités qui se déversent dans des bassins versants sensibles.

-         Maintenir les échanges avec la municipalité de Saint-Joseph de Coleraine pour collaborer à la recherche de solutions aux problèmes identifiés suite à nos échantillonnages et aux résultats de l'étude de caractérisation du réseau municipal.

-         Préparer un plan d'échantillonnage pour 2009 qui reprend à peu près les mêmes stations afin de vérifier l'effet des correctifs qui seront apportés par la municipalité et de dépister d'autres sources de contamination.

-         Continuer notre collaboration avec le programme Réseau de Surveillance Volontaire(RSV) et Sentinelle du MDDEP, notamment pour l'analyse des échantillons d'eau et les mesures de transparence de l'eau dans le lac.

mise à jour juin 2010

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