La qualité de l'eau de la rivière
Coleraine en 2008 et son incidence sur la
prolifération des cyanobactéries dans le lac
Aylmer.(2009)
Richard Chatelain, biologiste/directeur d’A.R.L.A.
Les analyses d'eau
effectuées par l'A.R.L.A., en 2007 avaient
localisé des concentrations très élevées de
phosphore et de coliformes à plusieurs stations
dans la rivière Coleraine. Les coliformes se
retrouvaient en abondance dans la section de
rivière en plein cœur du village, alors que la
concentration de phosphore augmentait
considérablement en aval de la station
municipale d'épuration des eaux usées.
L'A.R.L.A. a effectué de
nouveaux échantillonnages en 2008 sur la rivière
Coleraine et ses principaux tributaires et ces
échantillons ont été analysés par le laboratoire
du Centre d'Expertise en Analyse
Environnementale du Québec (CEAEQ). Le plan
d'échantillonnage a porté sur les mêmes
stations, et les résultats sont très similaires.
Les résultats confirment que des concentrations
très importantes de coliformes fécaux sont
toujours présentes à plusieurs stations dans les
limites de la municipalité alors que les
concentrations de phosphore les plus importantes
se retrouvent encore dans la section de rivière
en aval des équipements d'épuration des eaux
usées de la municipalité.
Avec des données aussi
percutantes et récurrentes, l'A.R.L.A. a initié
des rencontres avec les représentants de la
municipalité de Saint-Joseph de Coleraine pour
les sensibiliser à ces problèmes et chercher des
pistes de solution. De ces discussions, on peut
tirer les conclusions suivantes:
- La concentration de
coliformes fécaux (qui peuvent être d'origine
humaine ou animale) dans la section de rivière
au cœur du village suggère que des égouts
sanitaires non-traités ou des écoulements de
déjections animales d'origine agricole sont
rejetés directement dans la rivière.
-
Le nombre et la durée des
surverses à l'usine de pompage indiquent que le
réseau pluvial de la municipalité se déverse en
tout ou en partie dans le réseau sanitaire
(réseaux combinés). En cas de pluie, les eaux
pluviales s'ajoutent au débit sanitaire pour
remplir le réservoir de l'usine de pompage plus
vite que les pompes ne peuvent le vider. Le
surplus de ce mélange sanitaire et pluvial est
alors déversé sans aucun traitement directement
dans la rivière. Ce phénomène se produit
plusieurs fois durant l'été.
-
Bien qu'ils rencontrent
les exigences du Ministère des Affaires Municipales, des Régions et de l'Organisation
Territoriale (MAMROT), les équipements
d'épuration des eaux usées de la
municipalité
ne retiennent que 51% du phosphore et le
reste, étant déversé dans la rivière Coleraine.
En 2008, la municipalité
devait confier à une firme d'ingénieurs le
mandat d'effectuer un relevé du réseau sanitaire
et pluvial pour localiser les réseaux combinés
et les anomalies dans les branchements
résidentiels et commerciaux. En mars 2009, l'A.R.L.A.
a effectué un suivi sur ce dossier auprès de la
municipalité et obtenu les informations
suivantes:
-
Le contrat accordé à la
firme d'ingénieurs a été réalisé tel que prévu
en 2008.
-
L'étude a démontré qu'un
bâtiment commercial au cœur du village n'était
pas raccordé au réseau sanitaire et déversait
ses eaux usées sans traitement directement dans
la rivière. Le problème devrait être corrigé dès
le début de l'été 2009.
-
L'étude a permis de
localiser les réseaux combinés dans les limites
de la municipalité. Cependant, elle ne s'engage
à les éliminer que lorsque les budgets et
les programmes de subvention le permettront.
-
Puisque les rejets des
équipements municipaux d'épuration sont
conformes aux exigences gouvernementales, la
municipalité ne s'engage pour le moment à aucune
amélioration de performance de ses équipements
pour la réduction du phosphore rejeté dans la
rivière Coleraine.
Malheureusement, la baie de Disraeli
(anciennement désignée lac Noir) et une grande
partie du lac Aylmer subissent annuellement des
floraisons de cyanobactéries de plus en plus
importantes qui rendent son eau impropre à la
consommation et qui en limitent considérablement
les usages récréatifs, et ces floraisons sont
directement imputables aux concentrations de
phosphore dans l'eau. D'ailleurs, le ministère
du Développement Durable, de l'Environnement et
des Parcs (MDDEP) considère le lac Aylmer comme zone sensible dans
le cadre de son "Plan d'intervention sur les
algues bleu-vert" annoncé en septembre 2007.
Dans le cadre de ce plan, le gouvernement
s'engageait à resserrer les exigences pour les
équipements municipaux qui rejettent des eaux
usées dans les bassins versants jugés
sensibles aux
cyanobactéries, mais
aucune mesure
concrète n'a été annoncée à date pour donner
suite à cet engagement.
Pour ces raisons, l'A.R.L.A.
a adopté le plan d'action suivant pour le suivi
de la qualité de l'eau en 2009:
-
Intervenir au niveau
politique pour obtenir le respect des
engagements gouvernementaux dans le cadre du
plan d'intervention sur les algues bleu-vert. Le
resserrement des exigences d'élimination du
phosphore et l'élimination des réseaux combinés
seraient deux mesures concrètes qui pourraient
être réalisées à court terme, si des subventions
étaient offertes aux municipalités qui se
déversent dans des bassins versants sensibles.
-
Maintenir les échanges
avec la municipalité de Saint-Joseph de
Coleraine pour collaborer à la recherche de
solutions aux problèmes identifiés suite à nos
échantillonnages et aux résultats de l'étude de
caractérisation du réseau municipal.
-
Préparer un plan
d'échantillonnage pour 2009 qui reprend à peu
près les mêmes stations afin de vérifier l'effet
des correctifs qui seront apportés par la
municipalité et de dépister d'autres sources de
contamination.
-
Continuer notre
collaboration avec le programme Réseau de
Surveillance Volontaire(RSV) et Sentinelle du
MDDEP, notamment pour l'analyse des échantillons
d'eau et les mesures de transparence de l'eau
dans le lac.
mise
à jour octobre 2011
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